« La petite graine, verte ou brûlée, entière ou sectionnée, en forme d'oeuf minuscule ou semblable au dos bombé d'un hanneton brun, surprend par sa légèreté. Elle ne pèse pas, semble déjà au toucher une essence subtile emprisonnée sous une légère écorce. Brisez-la, il n'y a rien que quelques fragments noirâtres, comme une poudre, une poussière d'insecte. Mais de ce rien, de cette insignifiance, le plus fort des parfums s'élève, emplit une rue, monte, embaume une maison, pénètre dans les logis, va intérroger notre apathie, réjouit notre pensée.
Soudain, avec l' arôme qui s'échappe du brûloir, la nostalgie des pays que l'on n'a pas vus envahit l'être, les flots de la mer Rouge déferlent lourdement sous un ciel embrasé [...]. Et enfin, voici, dans la tasse, le café sorti de sa léthargie, qui donne sa vapeur vivace. »
Gustave Geffroy, XIXe siècle, cité par La Famille, n° 854, 16 février 1896
