Le café est notre soleil du matin.

Déjà enfant, il nous fascine, comme un dieu bénéfique, car il semble détenir le pouvoir, simplement par ses effluves parfumés, de tirer du lit - comme des zombis revenus à la vie - , les membres de notre famille, qui se précipitent alors à la cuisine, où se trouve son sanctuaire. Il suffit ensuite de deux ou trois gorgées de cet élixir pour que les visages changent, les sourires apparaissent, les yeux pétillent, là où peu de temps auparavant, il n'y avait que torpeur et baîllements.

Le café nous accompagne toute notre vie, depuis l'adolescence où, prince généreux et maître de Morphée, il nous aide à réviser durant la nuit nos examens scolaires. À cet âge, nous nous attachons à un arôme et à un goût particuliers, lesquels deviennent une partie de cette identité que nous sommes à construire. Plus tard, ce sont les bols «  toi » et  « moi » , remplis du précieux nectar, qui marquent nos premiers matins avec l'être  aimé. Plus tard encore, nous changeons et, au contact souvent de nos amours - éphémères ou non ­­-, nous essayons d'autres mélanges afin d'adapter le café à notre personnalité plus complexe.

Chez certains aussi, le café est le soleil de minuit. Quand, dans la nuit froide, ils ouvrent leur thermos et laissent échapper cette vapeur odorante, ils retrouvent courage et font pâlir d'envie les étoiles.

Le café est une richesse. On raconte qu'un jour, un manant ayant sauvé la vie d'un prince arabe, celui-ci lui dit:«Demande-moi tout ce que tu veux! » Avisant un échiquier, le manant déclara :« Je veux un grain de café sur chaque case de l'échiquier. » Le prince, étonné par une demande aussi dérisoire, accepta tout de suite. Le manant leva la main:«Mais ce n'est pas tout. Je veux que le nombre de grains double à chaque case. » Le nombre de grains étant alors infini, le prince ne put combler le souhait du manant et lui céda son trône. La première mesure du nouveau souverain fut de rendre le café gratuit pour tous les sujets.

Bien sûr, ce conte a été modifié. À l'origine, il s'agissait d'un prince indien et les grains de café étaient des grains de blé. Mais on peut toujours rêver ! Parce que le café, comme le dit si bien la citation de Balzac (voir Traité des excitants modernes ), nourrit l'imaginaire.

On dit même que le seul moyen d'arrêter la Mort un instant, quand elle se présente à nous, est de lui réclamer: « Un petit dernier! » La Mort ne serait pas insensible à la couleur du café, qui lui rapelle la sienne, et il paraît - mais personne n'est revenu pour le dire - qu'elle traîne toujours dans ses hardes un petit appareil expresso et une boîte de dosettes...au cas où !

François Magin, écrivain

Vient de paraîrtre :

La belle et le hautbois d'Armand

Éditions Hurtubise HMH, coll. "Texture"

2007, 120p

Paraîtra prochainement aux Éditions de Mortagne: Da Monopoli Code