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Traité des Excitants Modernes
par Honoré de Blazac (1839)
" Sur cette matière, Brillat-Savarin est loin d'être complet. Je puis ajouter quelque chose à ce qu'il dit sur le café, dont je fais usage de manière à pouvoir en observer les effets sur une grande échelle. Le café est un torréfiant intérieur. Beaucoup de gens accordent au café le pouvoir de donner de l'esprit ; mais tout le monde a pu vérifier que les ennuyeux ennuient bien davantage après en avoir pris. Enfin, quoique les épiciers soient ouverts à Paris jusqu'à minuit, certains auteurs n'en deviennent pas plus spirituels.
Comme l'a fort bien observé Brillat-Savarin, le café met en mouvement le sang, en fait jaillir les esprits moteurs ; excitation qui précipite la digestion, chasse le sommeil, et permet d'entretenir pendant un peu plus longtemps l'exercice des facultés cérébrales.
Je me permets de modifier cet article de Brillat-Savarin par des expériences personnelles et les observations de quelques grands esprits.
Le café agit sur le diaphragme et les plexus de l'estomac, d'où il gagne le cerveau par des irradiations inappréciables et qui échappent à toute analyse ; néanmoins, on peut présumer que le fluide nerveux est le conducteur de l'électricité que dégage cette substance qu'elle trouve ou met en action chez nous. Son pouvoir n'est ni constant ni absolu. Rossini a éprouvé sur lui-même les effets que j'avais déjà observés sur moi.
- Le café, m'a-t-il dit, est une affaire de quinze ou vingt jours ; le temps fort heureusement de faire un opéra.
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Café:
Le célèbre poète anglais nous livre, dans ce poème, son point de vue sur le café turc :
On change plus facilement de religion que de café. Le monde d'ailleurs se divise en deux classes : ceux qui vont au café et ceux qui n'y vont pas. De là, deux mentalités parfaitement tranchées et distinctes, dont l'une - celle de ceux qui y vont - semble assez supérieure à l'autre.
« La petite graine, verte ou brûlée, entière ou sectionnée, en forme d'oeuf minuscule ou semblable au dos bombé d'un hanneton brun, surprend par sa légèreté. Elle ne pèse pas, semble déjà au toucher une essence subtile emprisonnée sous une légère écorce. Brisez-la, il n'y a rien que quelques fragments noirâtres, comme une poudre, une poussière d'insecte. Mais de ce rien, de cette insignifiance, le plus fort des parfums s'élève, emplit une rue, monte, embaume une maison, pénètre dans les logis, va intérroger notre apathie, réjouit notre pensée.
Soudain, avec l' arôme qui s'échappe du brûloir, la nostalgie des pays que l'on n'a pas vus envahit l'être, les flots de la mer Rouge déferlent lourdement sous un ciel embrasé [...]. Et enfin, voici, dans la tasse, le café sorti de sa léthargie, qui donne sa vapeur vivace. »
Gustave Geffroy, XIXe siècle, cité par La Famille, n° 854, 16 février 1896
«Une seule cuillerée de café moulu magnifié par le parfum de la cardamome, mis à flot, lentement, dans les frissonnements de l'eau chaude. Tu mélanges, lentement, avec une cuillère, d'un geste circulaire au début, puis de haut en bas (...) Emporte la café dans l'étroit couloir, verse-le précautionneusement, amoureusement, dans la tasse blanche - celles qui sont trop sombres ne permettent pas au café de s'exprimer. Observe les filets de vapeur, le voile odoriférant qui s'élève.»Description de la préparaion du café turc par Mahmoud Darwich dans Une mémoire pour l'oubli.
Le café est notre soleil du matin.
Déjà enfant, il nous fascine, comme un dieu bénéfique, car il semble détenir le pouvoir, simplement par ses effluves parfumés, de tirer du lit - comme des zombis revenus à la vie - , les membres de notre famille, qui se précipitent alors à la cuisine, où se trouve son sanctuaire. Il suffit ensuite de deux ou trois gorgées de cet élixir pour que les visages changent, les sourires apparaissent, les yeux pétillent, là où peu de temps auparavant, il n'y avait que torpeur et baîllements.
Le café nous accompagne toute notre vie, depuis l'adolescence où, prince généreux et maître de Morphée, il nous aide à réviser durant la nuit nos examens scolaires. À cet âge, nous nous attachons à un arôme et à un goût particuliers, lesquels deviennent une partie de cette identité que nous sommes à construire. Plus tard, ce sont les bols « toi » et « moi » , remplis du précieux nectar, qui marquent nos premiers matins avec l'être aimé. Plus tard encore, nous changeons et, au contact souvent de nos amours - éphémères ou non -, nous essayons d'autres mélanges afin d'adapter le café à notre personnalité plus complexe.
Chez certains aussi, le café est le soleil de minuit. Quand, dans la nuit froide, ils ouvrent leur thermos et laissent échapper cette vapeur odorante, ils retrouvent courage et font pâlir d'envie les étoiles.